Chapitre 31 Epidémie

 Bonjour à tous et je vous souhaite une excellente année 2010 ! Ce chapitre a certes tardé mais je vous rassure, je n’ai pas abandonné cette fic bien au contraire… Voici donc la suite, j’espère qu’elle vous plaira… Bonne lecture et … Reviews ?

Attention chapitre à contenu sexuel léger, déconseillé aux mineurs.


Chapitre 31


Les jours qui suivirent le départ de Charity, Thomas se surprit à la regretter, trouvant son lit brusquement bien vide sans sa jolie petite apprentie ce qui l'effraya et l'amusa à la fois... Il fallait aussi reconnaître que le fait de se sentir obligé d'écumer les mers pour "servir" ce maudit Tezcatlipoca n'était pas le genre de choses qui pouvait l'aider à se sentir mieux... Ce jour là, à la barre du Pearl, Thomas ruminait une fois de plus sa situation lorsque Gibbs l'interrompit l'air inquiet

- Capitaine Norrington... Il, nous avons un problème

Thomas haussa le sourcil, surpris par le ton inhabituellement angoissé de Gibbs

-Que se passe t'il ?

Le second secoua la tête et le regarda avec urgence

- Faudrait que vous veniez voir Capitaine... C'est Borso et Malal...


Inquiet, Thomas suivit Gibbs dans les profondeurs du navire et laissa échapper un reniflement écoeuré sous l'effet de la puanteur qui régnait dans le ventre du Pearl

- Seigneur depuis quand ça pue ainsi . S'inquiéta Thomas que l'odeur pestilentielle prenait à la gorge

- Bah.... Hésita Gibbs

Excédé, Thomas lui lança un regard noir et s'approcha des deux hommes, qui couchés à même le sol, geignaient lamentablement. Du coin de l'oeil le jeune homme nota avec inquiétude que le torse de Borso (du moins la partie apparente) était couvert de tâches rouges plus ou moins larges. Thomas se recula instinctivement et désigna l'homme d'un geste du menton

- Depuis quand porte t'il ces pustules ?

Gibbs le regarda d'un air de pure ignorance et Thomas grinça des dents alors qu'il se retournait vers les deux hommes

- Ces tâches vous en avez d'autres ?


Malal poussa un gémissement et se pencha sur son pantalon , exhibant ses jambes grêlées de points rouges avant de tenter de parler. Thomas et Gibbs reculèrent dans un bel ensemble en découvrant sa mâchoire sanglante et Gibbs se signa rapidement

- Seigneur Dieu nous sommes maudits...

- Ne soyez pas stupide Gibbs. Ragea Thomas en voyant les deux malheureux rouler des yeux effarés et souffreteux. C'est le scorbut voilà tout

- Le scor quoi ??? Demanda Gibbs

Thomas poussa un soupir excédé et se demanda fugacement ce qui avait bien pu passer par la tête de Jack Sparrow pour recruter une bande d'incapables ignorants pareille.

- Le scorbut. Expliqua t'il en détachant chaque syllabes c'est une sorte de, d'infection qui touche les marins. C'est contagieux et ça se propage par l'air vicié

- Jamais entendu parler de ça. Grommela Gibbs en le regardant d'un air de doute


Thomas serra les poings et s'écarta des malades, la gorge en feu en raison de la puanteur ambiante et répondit d'une voix sèche

- Monsieur Gibbs ce n'est pas parce que vous n'avez jamais entendu parler d'une chose qu'elle n'existe pas ! Cette maladie a décimé un équipage entier de la Navy il y a de ça quelques années ! Et je me rappelle encore du tollé que ça a causé à Port Royal

Au moment où il terminait sa phrase, Thomas se rendit compte de l'erreur qu'il venait de commettre... En effet au mot de "décimé" les marins alentours s'étaient brusquement levés, paniquant

- Oh c'est pas vrai ..Siffla Thomas entre ses dents en lançant un regard chargé de rancune à Gibbs. NE PANIQUEZ PAS !! Leur enjoigna t'il, songeant cyniquement que pour des hommes qui faisaient mine de ne pas comprendre ses ordres leur vocabulaire semblait suffisamment étendu pour comprendre quand il y avait danger

Malgré ses efforts, aucun homme ne réagit, l'équipage paniqué courant en tout sens. Plus qu'énervé cette fois Thomas sortit son pistolet de sa ceinture et tira un coup en l'air, immobilisant sur le champ les hommes

- Bien maintenant que vous êtes disposés à m'écouter je vous attends tous sur le pont . IMMEDIATEMENT !!! Hurla Thomas en écartant les hommes pour remonter à la surface


Une fois sur le pont, le jeune homme prit une grande bouffée d'air pur et se tourna vers Gibbs qui était sur ses talons

- Monsieur Gibbs pourriez vous avoir l'obligeance de lâcher ma veste. Ironisa Thomas. Je crains fort qu'elle n'ait pas les vertus nécessaires pour vous protéger du scorbut

Gibbs rougit légèrement et relâcha le tissu tandis que Ragetti posait un regard larmoyant sur Thomas

- Vous allez nous guérir hein capitaine

- Tu parles. Marmonna Gibbs. D'ici à ce que ce soit encore une des pauvres filles qu'il a abusé qui nous ait maudit

- Le scorbut ne rend pas sourd Gibbs. Rétorqua Thomas. Quand à mes activités horizontales elles ne vous concernent pas !

Gibbs le regarda avec rancoeur et Thomas se tourna vers l'équipage

- Bien... Tout d'abord j'aimerais savoir combien d'entre vous se sentent.. malades ou fatigués ?


A sa consternation des dizaines de mains se levèrent, les bien portants s'écartant immédiatement des potentiels malades

- Des plaies ? Ou autres tâches ? Demanda Thomas

- Moi ! Moi j'ai une plaie ..Pleurnicha Ragetti. Ça veut dire que je vais mourir ? Capitaine me laissez pas mourir

Pintel s'écarta vivement de son acolyte et Thomas soupira lourdement

- Je voulais parler de plaies qui ne sont pas dues à une blessure Ragetti... Pour toi si tu n'as pas de tâches il n'y a pas de soucis . D'autres plaies NON dues à une blessure ? Demanda Thomas à la cantonade

Quelques mains se levèrent avec hésitation parmi ceux qui se sentaient malades et un rapide calcul permit à Thomas de constater avec effarement que cela constituait , à peu de chose près, la moitié de l'équipage.

- Oh c'est pas vrai... Siffla t'il, maudissant intérieurement tour à tour Gibbs et Tezcatlipoca , l'un pour sa bêtise et sa paresse et l'autre pour son acharnement .Gibbs nous sommes à combien de la prochaine terre ?


Visiblement très effrayé, le vieil homme mit un temps avant de réagir et Thomas contrôla une envie aussi brutale qu'urgente de le secouer

- Deux jours de notre but Capitaine

Thomas porta la main à son front et se massa les tempes, cherchant à se souvenir des mesures prises par James lorsqu'un tel cas s'était présenté.

- Capitaine ? Osa Gibbs, suspendu à ses lèvres

- Tais toi. Gronda Thomas. Je réfléchis..

Les yeux clos, Thomas chercha désespérément à se remémorer les paroles de son père et grimaça en réalisant que le seul souvenir qu'il semblait avoir de cette période était d'avoir couché avec une petite bonne grossière et maladroite pendant que dans la pièce voisine, le Gouverneur donnait ses ordres. Au bout d'un moment, il rouvrit les yeux, furieux après lui même de ne pas réussir à se souvenir des paroles de James (pour une fois que son père avait dit quelque chose d'utile)

- Capitaine. Geignit Ragetti


Son gémissement arracha un grognement de frustration à Thomas et le jeune homme posa un regard inquiet sur Ragetti avant de balayer les hommes qui, démunis, attendaient sa réponse. Il ne pouvait pas échouer, il devait absolument se souvenir... Jack lui avait confié son navire mais pas seulement.. En acceptant la charge de capitaine, il devenait également responsable de ceux qui constituaient son équipage .Et il était hors de question de laisser mourir ses hommes... Le regard fixé sur l'horizon, Thomas prit une inspiration

- Aidez Malal et Borso à monter sur le pont. Installer les à l'air libre et donnez leur des couvertures, on réquisitionne cette partie pour les hommes atteints. Ordonna t'il en désignant une partie à l'arrière du navire

- Vous voulez qu'on les mette sur le pont ? S'insurgea Gibbs. Comme ... comme des chiens

Thomas serra les poings. Il ne savait pas si les déplacer était une bonne idée, mais en revanche il savait que personne ne pouvait vivre dans la puanteur qui régnait en bas

- L'air est saturé dans la cale... Et si vous avez une solution Mr Gibbs je suis preneur.. Pour l'instant on installe les malades à l'air libre , une fois que ce sera fait, ouvrez toutes les écoutilles que vous pourrez sans risquer de couler le navire, les bouches à canons tout !! Il faut évacuer cette odeur au plus vite, ou du moins commencer avant d'être à terre.

- Bien .Murmura Gibbs


Thomas réfléchit, cherchant à nouveau dans sa mémoire, il lui semblait avoir entendu parler de bouillon. L'air concentré Thomas réfléchit jusqu'à entendre la voix de son père, étouffée par les râles de la bonne, disant que le bouillon de tortues de mer obtenait de bons résultats à moins que ce ne soit pour autre chose... Décidant que de toutes les manières il ne perdait rien à essayer, Thomas se retourna vers Gibbs

- Que les hommes valides lancent des filets, attrapez des tortues et faites les bouillir

- Des tortues.... Soupira Gibbs

- Oui !! S'énerva brutalement Thomas. Des tortues !! Vous n'allez tout de même pas me dire que vous êtes incapable au point de ne pas réussir à attraper une de ces maudites bestioles !! Ma soeur en est capable

- Oui mais c'est la fille de Jack. Souligna Gibbs. Et Jack est très habile avec les tortues et..

- Et rien du tout !!! Le coupa Thomas. Jack n'est pas le seul à savoir attraper des tortues et si vous ne savez pas je vous conseille d'apprendre très très vite !!! Obéissez !! Et jetez toutes les réserves qui se trouvent dans la cale infectée. Ordonna t'il avec une grimace

- Toutes les... Murmura Gibbs anéanti. Mais capitaine se sont toutes nos réserves de nourriture

- Vous me prenez pour un débile ou pour Dominic ? Lui jeta Thomas. Je sais ça... Mais si la nourriture est infectée nous allons tomber l'un après l'autre !! Mieux vaut se contenter de ce qu'on pêchera pendant les deux jours... si vous vous bougez et ramenez de la nourriture nous devrions tenir

Gibbs baissa la tête d'une air embêté et Thomas soupira

- Débarrassez vous des tonneaux d'eau douce... Et ... et bien nous boirons du rhum


Le visage de Gibbs s'éclaira brutalement à cette nouvelle et Thomas ricana avec ironie

- Ne vous réjouissez pas trop vite Gibbs... Le rationnement est à l'ordre du jour ... Et MAINTENANT BOUGEZ VOUS NOM DE DIEU !!!

Gibbs sursauta brutalement à son hurlement et recula, blanc comme un linge tandis que Thomas se retournait vers l'horizon, le coeur battant et espérant plus que tout ne pas s'être trompé ... La vie de ses hommes et peut être même la sienne en dépendait


*


La journée du lendemain s'ouvrit sous de sombres auspices et même Thomas ne put se défendre d'un pincement au coeur en apprenant que Malal était mort durant la nuit alors que de nouveaux hommes rejoignaient les rangs des malades. La cérémonie d'adieu au pirate fut brève, chacun étant pressé de se débarrasser de ce corps aux chairs tourmentées qui ne leur rappelait que trop bien que la maladie avait commencé à frapper dans leurs rangs.... La population locale de tortues de mer qui cherchait à se rapprocher des cotes pour y déposer ses oeufs en souffrit également, les hommes encore en bonne santé suivant assidûment les conseils de Thomas et emprisonnant sans pitié les animaux dans leurs filets avant de les passer à la casserole...


Thomas, une écuelle remplie à rabord de soupe entre les mains, se déplaçait sans cesse entre les blessés, guettant des signes de rémission ou au contraire un empirement de leur état. Alors qu'il se penchait vers Borso qui semblait décliner d'heures en heures un coup de tonnerre explosa dans le ciel rapidement suivi par un éclair avant que le déluge de pluie , dense et glacé ne commence à se déverser sur le navire et ses occupants.

- Oh c'est pas vrai... Murmura Thomas, découragé

Gibbs lui lança un regard froid

- Faut pas trop offenser le Seigneur... Sinon voilà ce qu'on récolte...

- Merci pour votre soutien Gibbs... Vraiment. Grinça Thomas entre ses dents, furieux

- Tous aux abris !! S'écria Gibbs

- NON !! S'interposa Thomas. Prenez une voile inutilisée et déployez la au dessus de vos têtes, ça vous protégera

- Mais il pleut !! Fulmina Gibbs , trempé

- Oh... pauvre petit second... Il a peur d'être tout mouillé. Se moqua Thomas en se redressant, faisant mine de ne pas sentir les rigoles glacées qui s'infiltraient sous ses vêtements

- Complètement fou... Murmura Gibbs entre ses dents avant de s'éloigner. Allez on tend une voile , ordre du capitaine. Lança t'il d'un ton rempli de dégoût


La tempête fut rude, dévastatrice... A la barre du Pearl, transi, Thomas lutta longtemps contre les éléments déchaînés, serrant les dents alors qu'un vent glacé, venu du nord, lui fouettait le visage. Inquiet, le jeune homme lançait de fréquents coups d'oeil en direction des malades qui, tremblants, se serraient les uns contre les autres, n'osant passer outre l'interdiction de se mettre à l'abri sur laquelle Thomas avait été formel. A travers le rideau de pluie, Thomas croisa un instant le regard désapprobateur de Gibbs et sentit son coeur se serrer. Avait il raison ? Et si les hommes ne mourraient pas du scorbut mais attrapaient une pneumonie ? Il serait responsable ...

- Maudit sois tu Tezcatlipoca. Grinça t'il entre ses dents, soulagé de trouver un responsable à ses déboires


La voix tranchante de son maître et ennemi s'éleva immédiatement dans son esprit et Thomas faillit en lâcher la barre de surprise

- Imbécile... Je ne suis pas responsable , ce n'est pas moi qui cherche à freiner ta progression...

- Tu es un dieu non ? Alors arrête ça !! S'exclama Thomas à voix haute sans soucier des regards surpris des hommes assez proches pour l'entendre

- Tu crois que ce ne serait pas déjà fait si je le pouvais !! Ragea Tezcatlipoca. Mais je ne peux rien contre SES actes

Thomas accusa le coup et un très lent sourire finit par naître sur son visage... Il y avait donc quelque chose ou quelqu'un au contre qui Tezcatlipoca ne pouvait pas gagner... Ce qui était rassurant finalement ...

- Oh je croyais que tu étais surpuissant ... Se moqua Thomas, trouvant un plaisir sadique à rabaisser celui qui s'amusait avec lui depuis tellement d'années

La réponse fut aussi douloureuse que fulgurante et Thomas poussa un cri en sentant une souffrance intense inonder sa tête, noyant toutes ses autres pensées. Plié en deux, le jeune homme tomba à genoux, lâchant la barre tandis qu'il prenait sa tête entre ses mains. Il n'entendit pas le cri de Gibbs pas plus qu'il ne se rendit compte de la présence du vieil homme à ses côtés, redressant la barre à la hâte.


Au bout de longues minutes qui lui parurent durer des heures, la douleur disparut enfin et Thomas se releva avec difficultés

- Ça va Gibbs.. Souffla t'il, le regard encore voilé de souffrance.

- Vous êtes sûr ? Vous êtes tout pâle. Lui déclara Gibbs avec froideur

- Rien, rien d'inquiétant.. Murmura Thomas

- Je ne m'inquiétais pas. Rétorqua Gibbs en lui abandonnant la barre

Thomas referma sa main sur cette dernière et prit une longue respiration, se forçant à se concentrer sur la navigation. Il chercherait plus tard l’identité de celui contre lequel Tezcatlipoca était impuissant et dont il comptait bien faire un allié…


*


Le soir tombait lorsque la tempête se calma enfin et tous poussèrent un soupir soulagé en sentant faiblir le vent et la pluie. Inquiet et fatigué, Thomas confia la barre à l'homme le plus proche et s'empressa vers le coin dévolu aux malades, redoutant ce qu'il y trouverait

- Borso ne bouge plus. Lui annonça Marty en désignant la masse inerte et remplie de tâches rouges qui avait été un homme

Thomas ferma brièvement les yeux et regarda avec inquiétude les autres hommes d'équipage sur le corps desquels commençaient à apparaître les marques

- Débarrasse nous de son corps. Ordonna t'il d'un ton sec

Silencieux, Marty hocha la tête et l'un des malades peu encore atteint s'empressa de l'aider à jeter le corps par dessus bord. Tandis qu'ils faisaient leur sinistre office, une gerbe d'eau creva la surface et Thomas sursauta en voyant apparaître le Hollandais Volant

- Le charognard est là... Murmura t'il. Attiré par l'odeur de la mort

- Et si c'était elle qui vous avait maudit... Murmura Gibbs à ses côtés


Thomas serra les poings, agacé par cette manie qu'avait le vieil homme de toujours le voir maudit de tous

- Ne soyez pas stupide Gibbs, si c'était le cas, ils nous verraient et seraient déjà à bord. Riposta t'il

- Pas Miss Julia.. Mais elle... Rétorqua Gibbs en désignant d'une main tremblante la silhouette de Marie, qui même recouverte d'algues et de coquillages divers restait reconnaissable entre toutes

Thomas contempla avec froideur celle qui était en partie responsable de son asservissement

- Elle n'a aucun pouvoir. Cracha t'il. Elle n'est qu'une putain au service des monstres.

Gibbs frissonna en l'entendant et Thomas se détourna

- Dis aux hommes valides de mettre les bouchées doubles.. Et reprenez la chasse à la tortue. Ordonna t'il en s'éloignant vers sa cabine pour y prendre quelques heures de repos


*


Tandis que le Pearl s'éloignait rapidement, mettant de la distance entre lui même et le navire des morts, sur ce dernier Julia récoltait ses âmes

- Un seul .... Grogna t'elle alors que Macchus traînait Borso derrière lui

Le moribond frémit et ouvrit la bouche, le sang s'écoulant en flot de cette dernière. Ses yeux s'écarquillèrent de terreur en comprenant où il se trouvait et il poussa un coassement douloureux. Julia le domina de toute sa stature

- Te voici aux portes de la mort... Commença t'elle, ravie de voir la terreur se répandre sur le visage de l'homme. Pourtant il existe une alternative... un moyen de reporter l'heure de ton trépas et le jugement de tes actes.

Borso poussa un nouveau gémissement douloureux

- Non.. Souffla t'il, terrifié tandis que Julia prenait son temps, savourant la souffrance évidente de sa victime


La jeune femme posa son regard bleuté, seul reste de son humanité passée, sur l'homme qui se traînait au sol et sourit lentement

- Offre moi ton âme pour les cent ans à venir et tu retardes le moment de ton... très douloureux trépas. Susurra t'elle

- Vous... êtes le diable.. Souffla Borso en se signant maladroitement et en crachant du sang sur le pont du navire

- Et en tant que tel je vais te regarder mourir... Répondit Julia d'un ton froid. Le scorbut n'est ce pas ? L'équipage de ton navire était bien pressé de se débarrasser de toi pour t'abandonner ainsi en pleine mer

Borso se troubla à ces mots et regarda autour de lui. Nulle trace du Pearl ou de ses autres occupants… Le front perlant de sueur, il se rappela vaguement qu’ils avaient essuyé une tempête et qu’il avait perdu connaissance durant cette dernière

- Alors es tu certain de ton choix ? Se moqua Julia. Je t’offre une place, je te promets l’arrêt immédiat de tes souffrances…. Et si tu me sers fidèlement il se pourrait même que je t’offre une fille… Susurra-t-elle en faisant signe à Marie d’approcher


Borso leva des yeux fous de douleur sur elle et déglutit. Le sentant flancher, Julia se pencha sur lui

- Il suffit d’un simple oui…

- Oui. Coassa Borso sans réfléchir

- Bien… Triompha Julia en serrant sa main d’une tentacule glacée. Te voilà membre de mon équipage pour les cent ans à venir.

Le cœur de Borso marqua un arrêt en comprenant ce qu’il venait de faire et il se sentit brusquement plus fort, la souffrance de la maladie s’évaporant comme par enchantement. Ébahi, il regarda ses jambes, à présent vierges de toutes traces

- Quel est ton nom esclave ? Lui demanda Julia

- Borso… Souffla-t-il, se souvenant de la jeune fille timide que Jack avait accueillie à son bord quelques années plus tôt… Le monstre qui se tenait devant lui n’avait plus rien de commun avec la douce Julia Dove

- Quel navire et quel capitaine ? Lui demanda Julia en se passant la langue sur les lèvres à l’idée de la moisson d’âmes qu’elle pourrait faire sur un bâtiment contaminé par le scorbut

- Le Black Pearl… Murmura Borso. Sous le commandement du Capitaine Thomas Norrington. Ajouta-t-il avec rancœur, certain que l’ordre de l’abandonner en pleine mer n’avait été donné par nul autre que Thomas.


Julia accusa la surprise tandis que Marie s’approchait, serrant les poings

- Quel nom as-tu dit ? Lui demanda Julia qui ne pouvait en croire ce qui lui servait d’oreilles

- Thomas Norrington. Cracha Borso avec haine cette fois. Il a réapparu il y a quelques mois et a une fois de plus attiré le malheur sur nous.

Marie poussa un hurlement d’animal blessé et se jeta sans réfléchir sur Julia

- MENTEUSE !! Vous m’avez trompée !!!

Julia l’arrêta net, emprisonnant son cou frêle dans ses tentacules

- Comment oses tu putain ? Comment oses tu me manquer de respect !! Ta punition pour avoir laisser échapper Annie ne t’a donc pas suffit ?


Tremblant, Borso vit Julia jeter Marie au sol, la dominant

- Vous n’avez pas respecté notre accord ! Hurla Marie

- Pauvre petite idiote… Notre accord était la vie de Annie contre celle de Thomas… Tu as laissé échapper ma fille, il est juste que Thomas s’échappe à son tour . Répondit Julia qui n’avait pas la moindre idée de comment le jeune homme avait bien pu faire pour sortir du Purgatoire

A ses pieds, Marie gémit… Elle avait sacrifié sa vie, sa liberté, son honneur … pour se venger et à cause d’un moment de .. De bonté pour Anne Elizabeth, elle venait de perdre sa seule consolation. Julia frissonna de plaisir, consciente des sentiments qui animaient sa jeune esclave.

- Remettez la sur ses pattes. Ordonna-t-elle en désignant Marie.


La jeune femme hurla en sentant l’étreinte sans douceur des monstres sur ses bras. Avec un sourire pervers, Julia saisit le chat à neuf queues

- Un volontaire pour la punir ?

Jimmy Leg, qui avait eu cruellement à souffrir des coups de Will , se précipita vers elle et posa la main sur le fouet

- Moi Capitaine

Un lent sourire éclaira le visage de Julia et elle lui abandonna l’instrument de torture… Jimmy était connu pour ne pas retenir ses coups, déchirant les chairs.

- Elle est à toi. Vingt coups pour m’avoir manqué de respect.

Marie poussa un hurlement alors que les hommes la traînaient au milieu du pont, déchirant sa chemise avec des ricanements pour exposer son dos dont la peau était encore humaine sous les algues qui la couvraient, certains coquillages s ‘épanouissant ça et là


Borso poussa un cri qui fit écho à celui de Marie alors que le fouet s’abattait une première fois sur la chair encore tendre tandis que le visage de Julia s’emplissait d’une odieuse jouissance . La torture dura longtemps, Jimmy prenant un plaisir pervers à frapper non seulement le dos mais aussi l’intérieur des cuisses de la fille de son ancien bourreau. Finalement, Marie se laissa retomber au sol, ensanglantée après les vingt coups de fouet. Julia ricana en la voyant faire tandis que Borso frémissait, regrettant le marché qu’il venait d’accepter. Julia se retourna vers lui et désigna Marie.

- Tu en veux à Norrington n’est-ce pas ?

Cette question qui était plus une affirmation réveilla la rage de Borso… Après tout il n’était pas fautif.. C’était à cause de Thomas qu’il avait été contraint d’accepter le marché de l’enfer

- Oui.


Julia sourit d’un air cruel et lui désigna Marie

- Prend la dans ce cas… Après tout… Elle a été sa catin avant d’être celle de mon équipage.

Borso regarda la forme ensanglantée sur le sol dont les plaies se refermaient déjà et avança vers elle

- Comme beaucoup d’autres… Pour me venger … C’est sa femme que je prendrais avec plaisir. Lança-t-il d’un ton chargé de haine en relevant Marie

Éperdue de douleur, Marie lui lança un regard désespéré

- Sa quoi ?

- Sa femme.. Répéta Borso en la prenant sans autre forme de procès, trouvant là un plaisir inédit à posséder l’une des maîtresses du responsable de sa déchéance en dépit de son apparence peu ragoûtante

- Qui ? Demanda Julia en frissonnant

- Kiara Sparrow… Répondit Borso dans un râle , imaginant la jeune femme à la place de Marie.


Aucune des deux femmes ne répondit … Chacune se souvenait de la fière Kiara et de son mépris pour elle.

- Kiara Sparrow. Répéta Julia avec un sourire mauvais avant de s’éloigner.

Pliant sous les assauts violents de Borso, Marie serra les lèvres, le regard obscurci à la pensée de celle qui avait obtenu tout ce qu’elle avait jamais désiré… Tandis que Borso jouissait en elle, Marie se promit de se venger de Kiara… D’une manière ou d’une autre…

 

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