Chapitre 4 Conquérir sa liberté

Bonjour les déboires de Charity continuent dans ce nouveau chapitre… J’espère qu’il vous plaira. Bonne lecture et … Reviews ?

Attention chapitre à contenu sexuel déconseillé aux mineurs.

 

Chapitre 4

 

Ignorant les remords tardifs de son père, Charity regarda se refermer sur elle la lourde porte de sa chambre. Elle retint son souffle tandis que le cliquetis de la clef tournant dans la serrure se faisait entendre et finit par se jeter sur son lit, le corps secoué de sanglots. Elle avait tellement de peine qu’elle ne savait plus ce qu’elle pleurait le plus . La découverte du vrai visage paternel ? L’abandon de Thomas ? La réclusion future et les exigences que le médecin ne manquerait pas d’avoir durant le voyage ?

 

Au bout d’un long moment, à bout de larmes, Charity se calma et se dirigea à pas de loups vers la porte. Là elle colla son oreille sur le battant, cherchant à discerner un bruit familier de la demeure. Elle entendit vaguement la voix étouffée de son père. Il vociférait. Sans doute à l’autre bout de la maison ou dans le grand hall. Déçue, Charity rejoignit son lit et se laissa tomber entre les oreillers moelleux.

 

Là elle commença à réfléchir. Elle ne pouvait rien faire contre les préventions de son père… Il avait été suffisamment cruel pour qu’elle comprenne que sa décision ne serait pas fléchie par des larmes ou d’autres armes. Le couvent… Rien qu’à cette idée la jeune fille frémit. Comment pourrait elle supporter de vivre une existence chaste alors qu’elle venait à peine de découvrir le plaisir ? Cette idée en entraînant une autre, elle laissa son esprit dériver jusqu’à Thomas. Thomas et ses grands yeux sombres… Leurs étreintes. Le plaisir qu’elle en retirait… Elle avait été folle d’accepter de partir…

«  Oh si c’était à refaire » Se lamenta Charity à voix haute.

 

Justement…..

 

Thomas l’avait rendue à son père parce qu’il pensait que le Duc de Norfolk avait plus à lui offrir que lui-même. C’était donc le signe qu’il l’aimait…. Bien sûr Thomas avait aussi dit clairement qu’il était marié, il avait même été cruel en comparant Charity à sa femme. «  La vraie pirate » Mais … Il avait aussi reconnu qu’elle était plus jolie que cette veuve décrépie de Kiara !! Et puis, Thomas , malgré tout ses efforts pour jouer au pirate était sans nul doute un homme d’honneur.

«  Mais oui ! » S’exclama Charity.

 

Cela ne faisait aucun doute : si Thomas avait été aussi dur avec elle, c’était parce qu’il se pensait incapable de rivaliser avec ce que le Duc offrait. Et s’il s’attachait à ce point à son bonheur…. C’était sûrement parce qu’il l’aimait ! Rassurée par cette nouvelle certitude, Charity continua son raisonnement. Thomas était un aristocrate. Elle en était certaine. Sa manière de se tenir et de s’exprimer étaient autant d’indices qui ne trompaient pas. Et comme il était marié… ( sans doute un mariage de raison fait pour assurer un semblant de respectabilité à une vieille veuve décrépie) sa réticence à l’idée de faire d’elle sa maîtresse s’expliquait une fois de plus. Charity plissa le front. Thomas n’aimait pas sa femme sans quoi il eut été avec elle… Mais comme elle était pirate, il redoutait peut être qu’elle apprenne qu’il en aimait une autre. Ainsi avait il sûrement pensé protéger Charity en l’éloignant !

«  Oh Thomas… » Murmura-t-elle, émue par les tendres sentiments qu’elle attribuait à son amant.

 

Au bout de trois heures de réflexions de cet acabit, Charity en vint à la conclusion que Thomas l’aimait et que le débarrasser de sa femme serait un grand service à lui rendre. Dans la naïveté de sa jeunesse, Charity ne pensa pas une seule fois qu’il serait difficile pour une jeune fille inexpérimentée comme elle de tuer une pirate aguerrie. Après tout Kiara était certainement une vieille femme comme toutes les veuves qu’elle connaissait et la vivacité de sa jeunesse aurait sans nul doute le dessus sur l’expérience de Kiara. Alors qu’elle fomentait son plan d’assassinat, la conscience de Charity ne connut pas non plus de sursaut : l’amour justifiait tout !

 

Elle savait par les confidences des matelots que Kiara vivait à Singapour. Il lui suffirait donc de s’y rendre et de la tuer. Cela n’était pas un problème en soi. Non, aux yeux de Charity, la réelle difficulté était de s’enfuir de la maison de son père avant d’être cloîtrée dans un couvent. Certes, elle examina la solution de la fuite durant le voyage. Mais le médecin avait dit que le couvent se trouvait dans les terres. Il lui serait donc plus difficile alors d’embarquer sur un navire en route pour Singapour rapidement et augmentait ses chances d’être reprise par les soldats. Sans compter que, même si le sexe lui était aussi agréable qu’attirant, il lui répugnait d’être forcée de se donner au médecin. Quand à avoir des amants, elle aimait autant les choisir.

 

Ce dernier précepte était par ailleurs le principal que son aventure avec Thomas lui avait enseigné….

 

()()

 

Le soir tombait sur la massive demeure coloniale lorsque Charity eut arrêté un plan. La jeune fille s’éventait nerveusement, ressentant pleinement les effets de la chaleur étouffante en cette saison tout en peaufinant son plan. A vrai dire, ce dernier s’était imposé attendu que ses possibilités d’actions étaient plus que limitées. Un coup d’œil circonspect à sa fenêtre avait fini de la convaincre que tenter de s’évader par ce moyen lui apporterait au mieux une blessure, au pire la mort au vu de la hauteur. Or, s’il y avait bien une chose que Charity désirait plus que tout ( à l’exception de Thomas) c’était vivre. La fenêtre était donc hors de propos.

 

Elle était tellement plongée dans ses plans d’évasion qu’elle n’entendit pas le cliquetis de la clef dans la serrure et sursauta en se trouvant face à son père. Encore que l’homme qui se tenait devant elle n’avait plus rien à voir avec le père sur les genoux duquel elle s’asseyait enfant. Le regard dur, Dortwood fixa sa fille.

«  Menteuse… J’aurais du t’abattre d’une balle comme je l’ai fait avec cet indigène le jour où je vous ai trouvé ensemble. » Cracha-t-il.

Charity le regarda avec incompréhension et recula légèrement en sentant son haleine chargée d’alcool.

 

Dortwood posa des yeux injectés de sang sur elle et défit sa ceinture à gestes maladroits.

«  Oui je l’ai tué d’une balle en pleine tête ton indigène. » Lui asséna-t-il.

Le cœur de Charity se serra. Pauvre Jon… Il n’avait rien fait de mal hormis prendre ce qu’elle lui offrait sans en avoir conscience.

«  Sale putain !! Jon en valait dix comme toi. Il n’avait pas son pareil avec les chevaux ! Ragea Dortwood en réussissant finalement à délivrer sa ceinture

- Père… Gémit Charity en suivant ses gestes d’un œil effaré.

- Quand je pense que j’ai failli me laisser attendrir par tes larmes. Continua Dortwood en l’empoignant par les cheveux.

- Père non ! Hurla Charity, terrifiée pour de bon.

- Tais toi ! Le médecin m’a dit …. Tu as menti Charity tu t’es donnée à ces sales pirates !! Fille perdue, sale catin !!! » Hurla-t-il en abattant sa ceinture sur elle.

 

Gémissant, Charity protégea son visage de la grêle de coups du mieux qu’elle pouvait tandis que son père frappait,l’agonisant d’insultes.

 

Finalement, le bras douloureux, il lâcha sa ceinture et la contempla

«  Remercie le ciel d’être ma fille sans quoi je t’aurais tuée » Commenta-t-il

La voix éraillée à force d’avoir crié et les bras en sang, Charity ne répondit pas

«  Je ne veux plus jamais te voir sale putain. » Lui cracha Dortwood avant de sortir.

Tremblante, Charity écarta ses bras de son visage et éclata en sanglots tandis que la clef tournait de nouveau dans la serrure.

 

()()

 

Au terme d’une nuit aussi blanche que douloureuse, Charity avait affermi sa décision. Elle saisirait la première occasion venue de s’enfuir, peu importe ce qu’elle devrait négocier pour ça. Et si elle ne parvenait pas à le faire avant que le médecin ait reçu la réponse de sa parente alors elle se jetterait par la fenêtre. Elle espérait juste que cela ne serait pas trop douloureux.

 

()()

 

Elle passa les trois jours suivants à examiner le ballet des domestiques qui venaient lui apporter ses repas. Enfin si la bouillie infâme qu’on lui servait pouvait être qualifiée ainsi. A son grand soulagement son père ne revint pas la voir.

 

Edouard semblait être le seul attaché à son service ce qui ne faisait pas ses affaires. L’homme était tellement dévoué à son maître qu’il en était incorruptible. Cependant… le lundi était le soir de congé d’Edouard et si elle ne s’était pas trompée, il était justement lundi. Restait à savoir qui le remplacerait.

 

Le souffle coupé, Charity regarda la porte s’ouvrir. Devant elle Hollmes. Un jeune métisse avec lequel elle avait toujours été aimable. Bien, songea-t-elle en le suivant des yeux pendant qu’il posait le plateau sur son bureau sans la regarder.

«  Hollmes » Appela-t-elle d’une voix éraillée par le silence qui avait été le sien depuis sa dramatique entrevue avec son père.

 

Le métisse hésita puis finalement coula un regard vers elle

«  Miss ? »

Charity retint un sourire prétentieux en sentant son regard s’attarder sur la poitrine à demi dévoilée par sa robe.

«  Hollmes…. Approche

- Votre père…

- Est à son club comme tout les lundi. » Se rappela fort opportunément Charity.

 

Le serviteur hocha la tête et Charity déglutit. C’était le moment rêvé, peut être même le seul. Seulement entre prévoir de vendre ses faveurs en échange de sa liberté et le faire réellement il y avait un pas qu’elle n’était pas certaine de pouvoir franchir. Pour se donner du courage, elle imagina le regard fier de Thomas lorsqu’elle lui expliquerait qu’elle avait gagné sa liberté et la sienne ( en tuant Kiara) et sourit

«  Approche…

- Miss, je n’ai pas le droit. Je dois partir. » Déclara le serviteur sans bouger.

 

Charity le regarda. Il était laid. Son visage était grêlé d’une obscure maladie qu’il avait contractée enfant et ses quarante ans n’avaient rien d’appétissant. Elle hésita. Puis, sans qu ‘elle sache pourquoi, les mots de Juliette à sa sœur lui revinrent en mémoire : « Justine, tu es une bête ; tu es plus belle que moi, mais tu ne seras jamais si heureuse. » Justine avait affronté bien des malheurs alors que le plaisir les lui eut épargné. Charity redressa le menton. Entre la vertueuse mais malheureuse Justine et sa sœur qu’elle comprenait décidée, son choix était fait. Les yeux dans ceux du domestique, elle se leva et laissa tomber sa robe à terre.

 

Hollmes la regarda

«  Habillez vous » La supplia-t-il presque.

Charity l’ignora et s’approcha de lui. Là elle posa sa main sur sa ceinture et la défit ainsi que Thomas le lui avait enseigné. Hollmes pâlit

«  Miss…

- Chutttt. » Ordonna-t-elle.

Elle libéra son sexe et s’agenouilla sans gêne aucune. Les yeux clos, toutes ses pensées tournées vers Thomas, elle prit le sexe de Hollmes dans sa bouche, imaginant qu’à la place du vieux domestique c’était son fringuant amant qui se trouvait là. Hollmes poussa un gémissement douloureux

«  Non Miss… Votre père

- N’est pas là. » Rétorqua Charity avant de le reprendre en bouche, furieuse de son interruption qui la ramenait à la réalité de l’absence de Thomas.

 

Hollmes ne fut pas long à convaincre et un jet chaud récompensa Charity de ses efforts. Elle posa un regard froid sur le domestique qui se laissa tomber en tremblant sur le fauteuil le plus proche.

«  Au revoir Hollmes » Déclara-t-elle en franchissant la porte, se munissant au passage du baluchon qu’elle avait pris la précaution de préparer

Le serviteur lui jeta un regard vide

«  Miss Charity »

 

Elle ne se retourna pas.

 

Le cœur battant à l’idée que Hollmes donne l’alerte, Charity se dirigea vers les écuries. Une fois à l’abri elle sortit des vêtements de son paquetage avant de se ruer sur un cheval. Comète… Le préféré de mon père. Songea-t-elle en montant à cru pour la première fois de sa jeune vie.

 

Un sentiment de triomphe la submergea alors qu’elle sautait (maladroitement) la première barrière qui délimitait le domaine de son père. Puis l’urgence le remplaça et elle talonna sans pitié l’étalon. Elle devait avoir quitté Bombay avant le point du jour.

 

()()

 

Elle avait abandonné Comète dans une ruelle sombre et revêtu ce qui était à ses yeux inexpérimentés une tenue de pirate: une longue robe sobre et marron. Elle se dirigea vers le port et un chape d’impuissance lui tomba sur les épaules: Comment pourrait elle embarquer ?

 

Un homme la bouscula et Charity lui lança un regard peu amène

«  Pardon Miss » Jeta l’homme en la dévorant du regard

Elle hésita une fraction de seconde puis:

« Où allez vous ?

- Dortmouth Miss

- C’est proche de Singapour ? » Interrogea naïvement Charity.

 

L’homme éclata d’un rire franc

«  Non Miss »

Charity rassembla toute la dignité qui lui restait et reprit

«  Dans ce cas quels navires vont à Singapour ? Pouvez vous me les indiquer? » 

Le marin la toisa une lueur rieuse dans les yeux.

«  Il faut aller plus loin sur le quai pour cela Miss… Mais,je doute que les dames soient admises »

 

Charity le regarda avec mépris

«  Taisez vous..

- M’est avis que vous rejoindrez pas vot’ amoureux comme ça…. » Glissa l’homme.

Charity frémit et se retourna

«  Qu’avez-vous dit ? Demanda-t-elle, ulcérée.

L’homme lui lança un regard vicieux et Charity s’éloigna de lui.

 

Au bout de quelques heures de recherches, Charity se laissa tomber sur le muret qui entourait le quai. Elle n’y arriverait jamais. Tout les équipages la refoulaient et elle ne savait plus vers qui se tourner. Jusqu’à ce qu’elle croise le regard d’un homme âgé qui la fixait depuis un certain temps. Un peu inquiète maintenant que l’exaltation de sa fuite s’était envolée, Charity se détourna.

«  On dit que vous voulez à Singapour » Déclara l’homme en s’approchant d’elle.

 

Charity détailla son apparence miteuse et releva inconsciemment le menton dans un geste de dédain

«  Je ne vois pas ce que ça peut vous faire » Répondit elle.

L’homme ne bougea pas. Son regard vaguement calculateur se posa sur elle et il reprit.

«  A moi rien mais si vous voulez aller à Singapour, je suis prêt à vous prendre à bord de mon bateau »

Le regard de Charity s’alluma à cette déclaration et elle se força à sourire.

«  Vous avez un bateau ??

- Oui Miss… Et je lève l’ancre pour Singapour au lever du jour. Lui assura-t-il en lui désignant un navire d’un faible tonnage.

- Et vous seriez prêt à m’emmener ! » Se réjouit Charity.

 

L’homme la toisa et ses yeux s’attardèrent sur ses lèvres.

«  Mais il faudra que vous payez le voyage »

Le sourire qu’arborait Charity mourut sur ses lèvres.

«  Je n’ai pas d’argent… Je n’ai rien hormis ces boucles d’oreilles… Mais elles me viennent de ma mère…Soupira-t-elle.

- Dans ce cas peut être auriez vous autre chose à m’offrir. » Suggéra l’homme.

Charity secoua la tête, désemparée.

«  Je ne possède rien d’autre…. Mais ..Mais si vous m’emmenez à Singapour je vous rembourserais là bas !

- J’en doute. Répondit l’homme. Je ne vois pas comment vous feriez. Et j’ai assez d’argent… Réfléchissez un peu vous avez beaucoup plus que des pendants d’oreille à offrir. »

 

Charity grimaça. Elle commençait à avoir une idée très nette du genre de paiement que désirait l’homme…. Comme pour confirmer son intuition, le capitaine se passa légèrement la langue sur les lèvres et Charity sentit son cœur se soulever. Elle hésita. Elle avait déjà du prendre sur elle-même pour accorder une faveur à Hollmes mais là il n’était plus question d’une vague caresse buccale mais bien d’un voyage entier. Un voyage dont elle ignorait la durée. Droit comme un i, l’homme la regardait tranquillement, attendant sa réponse.

 

Charity soupira et chercha du regard un autre moyen de rejoindre Singapour, ou plutôt un navire dont le capitaine soit un peu plus attirant. Son sang se glaça dans ses veines en apercevant deux soldats en uniforme à l’autre bout du quai. Tout les militaires connaissaient son père. Si ces deux là la voyait, s’en serait fini de son évasion.

«  D’accord » Lâcha-t-elle à la hâte au capitaine.

Ce dernier haussa le sourcil et suivit la direction du regard de la jeune fille.

«  Je vois… » Conclut il .

 

Charity lança un petit regard nerveux en direction des soldats.

«  Quand embarquons nous ?

- Dans une minute. Répondit tranquillement l’homme. Je veux juste m’assurer que nous sommes bien d’accord sur les termes de votre voyage. Vous résiderez dans ma cabine et vous partagerez donc mon lit. Avez-vous compris ce que cela veut dire ? »

Charity rougit vivement et le capitaine éclata d’un rire gras.

«  Oh que oui elle comprend la mignonne… Je parierais même ma chemise que si tu veux aller à Singapour c’est pour rejoindre ton galant. Il t’a engrossée ma jolie ?

- Non. » Répondit sèchement Charity, de plus en plus inquiète à mesure que les soldats approchaient.

 

Le capitaine sourit de sa nervosité et lui présenta son bras

«  Votre navire vous attend Mademoiselle »

Soulagée, Charity posa sa main sur le bras de l’homme et le suivit jusqu’à son navire.

«  Entre là. Lui ordonna le capitaine en ouvrant une porte donnant sur une pièce en désordre. Tu peux en profiter pour faire le lit » Ajouta-t-il avec un sourire vicieux avant de refermer la porte.

Charity regarda le battant de cette dernière avec résignation. Elle venait de passer les derniers jours enfermée dans sa chambre et voilà que sa liberté à peine retrouvée, elle était cloîtrée dans une autre… Enfin au moins cette fois l’avait elle choisi. Et puis il y avait la liberté au bout du voyage…. Et Thomas. Une fois qu’elle l’aurait retrouvé et serait dans ses bras, elle oublierait tout ce qu’elle avait été forcée de faire pour le rejoindre. Elle écrirait même à son père une fois qu’ils seraient mariés, avec un peu de chance, la nouvelle le dériderait…

 

Sur cette joyeuse pensée, Charity posa un regard critique sur les quartiers du capitaine. Ils n’avaient rien à voir avec ceux d’une propreté quasi parfaite de Thomas. Charity grimaça et passa son doigt sur la table avant de le mettre à hauteur de ses yeux. Comme elle s’y attendait, il était noir de crasse. Elle soupira lourdement et se tourna vers le lit défait.

 

Les draps jaunâtres portaient des tâches blanches qui soulevèrent le cœur de Charity et elle fouilla la pièce du regard, cherchant du linge moins sale à défaut d’être propre. Finalement, elle trouva une paire de drap à l’étoffe rêche et entreprit de faire le lit. Tandis qu’elle agissait sans y penser, Charity entendit soudain une voix connue. Elle s’immobilisa net. C’était celle du Colonel Farling.

 

Le cœur battant à tout rompre, Charity se rapprocha de la porte et colla son oreille au battant.

«  On dit qu’on vous a vu parler avec une jeune fille qui correspond à la description de Miss Dortwood. Disait le colonel

- Une fille ? Possible … Vous savez Colonel les filles sont légion dans les ports. Répondit le capitaine avec un rire gras.

- Pas ce genre de fille. Lui précisa le Colonel d’un ton cassant. Voyez vous celle-ci n’a plus toute sa tête et son père craint qu’il ne lui soit arrivé quelque chose. Vous rendriez un grand service à Monsieur Dortwood si vous aviez des informations à me donner. »

 

Un long silence suivit et Charity se sentit défaillir.

«  Comment se fait il que ce soit un colonel de notre glorieuse armée qui cherche cette fille ? » Demanda le capitaine.

Charity entendit le colonel toussoter et il répondit d’un ton plus bas.

«  Le père ne tient pas à ce que cela s’ébruite… Personne d’autre n’est au courant… Vous comprenez c’est une affaire d’honneur.

- Oh mais je comprends fort bien ! S’exclama le capitaine avant de rire à nouveau. Seulement malgré mon désir d’aider votre ami, je n’ai hélas aucune information à vous donner »

Charity faillit en pleurer de soulagement.

 

Elle entendit les bottes du colonel se déplacer sur le pont, s’approchant dangereusement de la cabine où elle se trouvait mais le capitaine intervint.

«  Est-ce tout Colonel ? J’aimerais pouvoir lever l’ancre tant que la marée nous est favorable »

Les bruits de pas s’interrompirent tandis que le colonel hésitait puis, ils s’éloignèrent.

«  Je comprends. Je vous souhaite bonne route capitaine.

- Je vous remercie colonel »

Ouf songea Charity. L’oreille collée à la porte, elle entendit le colonel s’éloigner puis:

«  Navré de vous avoir importuné… Voyez vous la pauvre fille est folle et je crains qu’elle ne donne du soucis à qui serait assez bête pour la recueillir….

- Dans ce cas, je me félicite de ne pas être celui là ! Ria le capitaine. J’espère que vous la retrouverez Colonel. Au revoir »

Charity se laissa tomber sur le sol. Ses mains tremblaient.

 

Sous elle, le roulis augmenta et elle se fit violence pour ne pas courir à la fenêtre pour s’assurer que le navire quittait bien le port. Il serait stupide de s’exposer aux regards maintenant. Lorsque la houle augmenta elle jeta un œil timide vers la fenêtre et sourit en voyant la ville de Bombay à l’horizon.

 

Elle passa les heures suivantes seule puis la porte s’ouvrit avec un grincement.

«  Qu’on ne me dérange pas » Ordonna le capitaine en fermant soigneusement derrière lui.

Charity se leva à son entrée et posa un regard rempli de reconnaissance sur lui.

«  Merci de ne pas avoir révélé ma présence au Colonel Farling…

- Il avait l’air très désireux de te trouver ma jolie… Et sa bourse était bien garnie.

- Pourquoi avoir refusé dans ce cas ? » Demanda Charity, surprise par sa réaction.

 

Le capitaine se laissa retomber sur le lit qui ploya sous son poids imposant

«  Parce que j’ai passé un marché avec toi et qu’entre remplir ma bourse et vider mes bourses je préfère la seconde option » Ricana-t-il.

Charity se raidit légèrement. Décidément ce capitaine était totalement dépourvu de la classe innée de Thomas. Le capitaine se débarrassa de ses bottes et tapota le lit.

«  Viens t’asseoir. C’est pas tout les jours que je peux m’envoyer une jolie fille comme toi, j’aurais pas raté ça pour tout l’or du monde »

 

Tu parles d’un compliment… Songea Charity en obéissant cependant. Le capitaine passa sa langue sur une lèvre adipeuse et écarta le haut de sa robe.

«  Montre moi ça… Pas la peine de faire l’effarouchée ça m’étonnerait qu’une fille comme toi soit encore vierge. » Ricana-t-il.

Charity ne répliqua pas et elle se laissa déshabiller, songeant à Thomas. Contrairement au jeune homme, le capitaine ne perdit pas de temps en caresses et elle fixa le plafond tandis qu’il haletait sur elle. Au bout de quelques minutes elle le sentit se crisper et un jet chaud atterrit sur son ventre.

«  Je voudrais pas te faire un bâtard. Commenta le capitaine d’une voix essoufflée. J’ai dans l’idée que le colonel a pas tout à fait tort en disant que t’es du genre à attirer les problèmes.. »

 

Charity haussa les épaules et chercha de quoi se nettoyer du regard. Un claquement sec de la langue signalant son agacement, le capitaine la prit sans douceur par le menton, la forçant à le regarder.

«  Dis donc la mignonne, t’auras intérêt à faire beaucoup mieux la prochaine fois et à remuer un peu tes fesses. J’en veux pour mon argent. »

Charity ne répondit pas. Elle sentait que Singapour ne viendrait jamais assez vite…

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