-Bonjour à tous ! Voici donc la suite qui ne sera pas forcément une surprise pour ceux qui ont lu La seconde lune… Sauf qu’ici c’est le point de vue de Charity que vous avez et son histoire ! Bonne lecture et … Reviews ?
Chapitre 1
Les jours, puis les semaines passèrent, toutes plus ennuyeuses les unes que les autres aux yeux de la jeune fille. Contre toute attente, la fragile anglaise qui n’avait jamais quitté les Indes ne souffrit pas une seule fois du mal de mer, surprenant l’Amiral qui était sa seule compagnie à bord. Malheureusement pour la jeune fille qui supportait de plus en plus difficilement, ses discours ronflants et pompeux sur l’honneur ou les responsabilités qui seraient les siennes une fois Duchesse, charge oh combien… bla, bla, bla… En vérité ce n’était pas ce genre de choses qui intéressait Charity, mais plutôt l’apparence de son futur époux. Car après tout, si ce dernier l’avait choisie sur la foi d’un portrait, elle n’avait quand à elle aucune idée de l’apparence qu’il pouvait avoir. Et pour sa fougueuse jeunesse, l’apparence comptait plus que tout…
Un soir, elle se risqua toutefois à poser la question qui la taraudait. La réponse de l’Amiral fut aussi consensuelle que décevante : le Duc de Norfolk était un homme d’une grande prestance assurément, mais était également doté de l’un des sens moral les plus exemplaires du royaume en conséquence de quoi, « Elle devait se sentir honorée d’avoir été à ce point distinguée et devrait faire en sorte de se montrer à la hauteur d’un personnage aussi admirable. » Charity ne souffla mot, suffisamment lucide pour ne pas ignorer que ce qui avait retenu l’attention du Duc sur sa personne n’avait rien de moral, d’exemplaire ou d’honorable. C’était sa taille fine (la plus fine de la ville), sa poitrine ferme et épanouie dont les seins aussi rebondis que des pommes se dressaient fièrement sous son corset. C‘était aussi les chevilles minces que laissaient de temps à autres entrevoir impudiquement les jupons de sa robe. Et plus que tout ça, c’était le visage aux traits réguliers qu’illuminaient de grands yeux noisette et une bouche généreuse qui avaient décidé le Duc. Rien de plus.
Cependant son imagination dut se contenter de ça et chaque nuit, Charity imaginait dans sa solitude chaste l’apparence du Duc de Norfolk tandis que son corps brûlait d’éprouver ses caresses…
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Le voyage se prolongea ainsi sans qu’elle parvienne à apprendre quoique ce soit sur son promis ni événement notable jusqu’à ce que l’Amiral ne pénètre à la hâte dans la cabine où elle était recluse ( il n’aurait pas été convenable de l’exposer à la vue des marins) le visage un peu plus pâle qu’à l’accoutumée. Saisie par son expression, Charity se leva instantanément à son entrée.
« Charity, suivez moi immédiatement »ordonna-t-il.
La jeune fille posa un regard effaré sur lui, décelant une goutte de sueur sur son crâne lisse et dépourvu de perruque. Fascinée, elle suivit durant une fraction de seconde le tracé de la goutte sur son front avant de revenir au présent
« Que se passe t’il ? Demanda-t-elle avec angoisse
- Suivez moi, répondit l’Amiral en la prenant par le bras. Entrez là »,lui ordonna-t-il en la poussant dans sa propre cabine.
Les mains tremblantes, Charity le retint alors qu’il se détournait
« Attendez, supplia-t-elle, de grâce dites moi ce qui se passe
- Des pirates, voilà ce qui se passe ! Cracha Rawlings avec un mépris manifeste. Ces forbans viennent droit sur nous et malgré tout nous efforts pour leur échapper il semblerait que l’affrontement soit inévitable. Voilà pourquoi, je préfère vous savoir en sécurité dans ma cabine.
- Oh… » fut tout ce que trouva à répondre Charity, terrifiée
Sa peur manifeste adoucit légèrement l’Amiral
« Allez Charity, restez ici et ne vous inquiétez pas trop, tout ira bien » lui promit il avant de sortir, refermant soigneusement la lourde porte à clef.
En entendant le cliquetis de la clef dans la serrure, Charity songea brièvement qu’il ne lui avait pas dit ce qui arriverait en cas de défaite…
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Les heures qui suivirent furent terribles.
Dévorée par l’angoisse, Charity entendit le fracas des boulets de canon heurtant la coque suivis par des cris d’agonie ou de souffrance. Murée dans sa cabine, elle ne perdit rien des pas qui se précipitaient sur le pont ni du fracas de l’acier des lames. Son nez se plissa de dégoût lorsque lui parvinrent les premières effluves de sang et de mort et elle se recroquevilla sur le sol, un linge contre ses narines.
Puis, pire que les hurlements et les coups de canon, vint le silence. Un silence lourd, épais qui terrifia Charity plus que tout le reste. Finalement, elle vit la poignée de sa porte tourner lentement, un juron coloré saluant sa résistance. Elle eut à peine le temps de chercher une cachette que déjà les gonds de la porte cédaient sous la pression d’un botte crottée qui ne pouvait appartenir qu’à un pirate. Comme de juste Charity poussa un hurlement en découvrant la mine patibulaire de deux hommes aux visages crasseux.
« Monsieur Gibbs ! Il y a une fille ici ! » S’écria l’un d’entre eux.
A cette annonce, un bruit de pas se rapprocha et la jeune fille vit apparaître un homme âgé d’une cinquantaine d’années dont le visage était entouré de rouflaquettes. Il la regarda longuement et soupira comme à regrets
« On l’emmène, faites la embarquer puis finissez de fouiller le navire, le capitaine est blessé et il a hâte de mettre les voiles »
Charity tenta de protester mais les mains des deux hommes se refermèrent sans pitié sur ses bras, la forçant à se lever. Sans paraître se soucier de ses efforts pour leur échapper, les deux hommes la traînèrent en direction d’un navire imposant dont le pavillon noir à tête de mort donna la chair de poule à la jeune fille. Alors qu’elle passait sur le pont, le regard de Charity tomba malencontreusement sur le corps de l’Amiral Rawlings qui gisait au sol, une tache sombre à l’emplacement du cœur et des trous dans le tissu de son uniforme, là où auraient du se trouver les insignes de sa fonction. Cette vision eut raison de ses résistances et elle poussa un hurlement avant de chanceler. La pauvre Charity n’eut toutefois pas la grâce de s’évanouir et elle dut se laisser emporter sur l’autre navire, l’image de l’ Amiral à l’esprit.
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Une fois à bord du navire pirate, Charity fut poussée sans ménagement dans un cagibi sombre dont la porte claqua immédiatement derrière elle, la laissant seule dans de sinistres ténèbres. Elle entendit le pas de ses ravisseurs décroître et poussa un soupir de soulagement avant d’éprouver à nouveau la morsure de l’angoisse : son protecteur, l’homme qu’elle connaissait depuis l’enfance et avait toujours considéré un peu comme un oncle était mort et elle se trouvait entre les mains de pirates. Or, tout le monde savait ce que les pirates faisaient aux femmes qu’ils capturaient : ils les violaient avant de les égorger.
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Des heures d’angoisse s’écoulèrent ainsi, la jeune fille se torturant à l’idée des sévices que ses geôliers ne manqueraient pas de lui infliger dont elle ne connaissait évidemment pas la nature mais que son esprit tourmenté imaginait horribles. Finalement, alors qu’elle s’imaginait une fin tragique, la poignée tourna lentement et le visage de l’homme qui avait donné l’ordre de l’emmener apparu.
L’homme, Gibbs, si sa mémoire ne lui faisait pas défaut la regarda d’un air paternaliste avant de lui faire signe d’approcher
« Le Capitaine souhaite vous voir » soupira-t-il.
Charity frissonna, rien dans le ton employé par le pirate ne la rassurait… Bien au contraire. Ce fut donc avec appréhension qu’elle suivit le pirate, mal à l’aise en sentant les regards concupiscents de certains hommes d’équipage sur elle. Au bout de quelques instants, l’homme s’arrêta devant une porte épaisse et Charity retint son souffle pendant qu’il l’ouvrait, se représentant fort bien ce qui l’attendait derrière : un rustre au visage ridé et peut être même balafré, sûrement amputé d’un quelconque membre ( une jambe de bois était largement envisageable) , un haleine fétide compléterait l’ensemble et il ne manquerait pas de lui voler sa virginité avant de la tuer ( certains disaient même que parfois, les choses se passaient à l’inverse).
La porte s’ouvrit avec un grincement sinistre tandis que Gibbs expliquait
« Votre foutu Amiral a salement amoché le capitaine »
Charity ne se donna pas la peine de répondre, regrettant quand à elle que l’Amiral ne l’ait pas tout bonnement tué. Sur cette dernière pensée, elle se força à regarder dans la pièce tandis que le second continuait, annonçant avec un regret palpable
« Capitaine la voilà »
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Confortablement assis dans son lit, le Capitaine du navire pirate, observa la jeune fille de toute évidence terrifiée qui venait d’entrer. Son regard embrassa la longue robe pourpre qui s’épanouissait autour d’elle comme une corolle. Puis il se posa sur les longs cheveux auburn dont les boucles cascadaient sur les épaules de la jeune captive, encadrant un visage dans lequel brillaient deux immenses yeux d’un marron chaleureux et ressortait agréablement une bouche aux lèvres gourmandes.
Finalement il prit la parole
« C'est bon Gibbs, murmura t‘il, le souffle coupé. Vous pouvez nous laisser »
Le second grimaça, fort bien placé pour imaginer ce que l’autre avait en tête et tenta d’argumenter, ému par la beauté et la jeunesse de leur prisonnière qui avait l ‘âge d’être sa fille s’il en avait eu une.
« Vous êtes blessé Capitaine... Ce n'est pas très sage de vous laisser....
- J'ai dit ça ira Gibbs. » Rétorqua le Capitaine d'un ton froid sans quitter la jeune fille du regard
L’autre ne se méprit pas sur son ton et baissa la tête avant sortir à regrets, les laissant seuls
« Appelez si vous avez besoin Capitaine. » Se força t'il à dire alors qu'il refermait la porte
« Je n'aurais pas besoin… » Murmura le Capitaine en fixant la jeune fille.
Tout autant surprise que terrifiée par le Capitaine, Charity ne bougea pas d’un muscle, consciente de l’examen auquel se livrait le pirate et lui coula un regard hésitant, surprise de découvrir un homme jeune au lieu du vieux forban auquel elle s’attendait. En fait, l’homme allongé dans le lit ne semblait pas si terrible que ce que son imagination lui avait laissé entrevoir. Elle estima son âge à vingt cinq ans, peut être trente et nota la tignasse quasi sombre qu’il arborait Ses cheveux étaient semblables en cela à ses yeux où elle décela une lueur vaguement lubrique tandis qu’ils se posaient sur son sage décolleté qui dévoilait une bande de peau blafarde, l’ Amiral ne l’ayant jamais autorisée à prendre l’air ou le soleil sur le pont.
Son examen terminé, le Capitaine prit la parole d’une voix à l’élocution soignée qui surprit plus encore Charity que son aspect physique
« Et bien au moins me voilà totalement rassuré je ne suis pas mort... » Ironisa-t-il
Charity trouva étrange que ce soit là les premiers mots qu’il lui adresse et tressaillit tandis que son esprit lui représentait des hypothèses toutes plus sinistres les unes que les autres sur le sens véritable de ces paroles. Heureusement (ou malheureusement) le capitaine reprit , lui faisant signe de venir près de lui
« Approche. Comment t'appelles tu ? »
Elle obéit avec réticences et croisa nerveusement ses mains, les serrant l’une contre l’autre pour qu’il ne voit pas qu’elles tremblaient. Elle avala sa salive, consciente du regard sombre qui ne la quittait pas et répondit, espérant que son obéissance le pousserait peut être à l’épargner
« Je m'appelle Charity Monsieur. » Répondit elle dans un filet de voix
« On dit Capitaine. » La corrigea ce dernier
Tremblante à l’idée d’avoir commis un impair, Charity s’immobilisa à quelques pas de son lit, la bouche sèche.
Le Capitaine la fixa puis sourit légèrement
« Sais tu qui je suis Charity ? » Lui demanda-t-il
La réponse franchit les lèvres de la jeune fille avant qu’elle ait eu le temps d’y réfléchir
« Un pirate et un assassin.
- Je suis le capitaine Royal, rétorqua l‘homme. Et toi tu es une de mes prises comme tout le reste des marchandises du navire sur lequel tu te trouvais »
Charity frissonna et baissa les yeux,des larmes perlant à ses cils devant cette cruelle mais pourtant juste description de sa situation présente.
L’homme lui laissa quelques instants pour y réfléchir et reprit d’un ton amusé
« Que penses tu que je devrais faire de toi ? » Lui demanda-t-il, goûtant un plaisir pervers à la torturer et savourant particulièrement la manière désordonnée dont se soulevait sa généreuse poitrine.
Devant cette question qui contenait à la fois toutes ses pires craintes et ses plus fols espoirs, Charity se décida à tenter le tout pour le tout . Les mains jointes en guise de prière elle le regarda franchement pour la première fois depuis qu’elle était entrée dans la pièce et répondit :
« Je vous en prie ne me tuez pas... Mon père en mourrait... Je s'il vous plait laissez moi partir ... » Supplia t'elle
Amusé et il faut le reconnaître,légèrement émoustillé par son attitude de soumission, le capitaine haussa le sourcil, comme si elle venait de dire la chose la plus stupide au monde
« Te tuer ? Sûrement pas... »
Le cœur de Charity se remit à battre un peu plus normalement durant une fraction de seconde mais il continua
«Quand à te laisser partir... Déclara-t-il d’un ton laissant clairement entendre qu’il ne projetait pas la chose. Dis moi que faisais tu sur ce navire ? »
Perdue, elle renifla discrètement avant de répondre avec des trémolos dans la voix, trop bouleversée pour songer à mentir
« Je, j'allais en Angleterre, rejoindre mon fiancé pour me marier...
- Oh... Et qui est l'heureux élu ?
- Le Duc de Norfolk... » Répondit la jeune fille dans un souffle, espérant vaguement que la renommée de bravoure et la noblesse de son prétendant effrayerait le bandit.
Au lieu de la réaction espérée, elle vit les coins des lèvres du jeune homme se relever un peu plus en un sourire moqueur.
« L'as tu déjà rencontré ?
- Non Mons... Capitaine. Se reprit Charity. J'ai juste vu son portrait. » Mentit elle, peu désireuse d’admettre devant qui que ce soit qu’elle allait offrir le reste de son existence à un parfait inconnu.
De son côté, le capitaine ne releva pas, contentant un rire cynique à la pensée du vieux barbon ennuyeux et fort disgracieux qu’il avait entrevu une fois à Londres.
Charity déglutit et pria silencieusement pour qu’il ne lui demande pas de précisions. Pour une fois elle fut exaucée
« D'où viens tu ?
- Des Indes...
- Tes parents sont donc fortunés... Suggéra t’il
- Je n'ai plus que mon père…Répondit Charity en tremblant à la pensée de l‘inquiétude de ce dernier lorsqu‘il la saurait disparue en mer. C'est pour ça que…Oh je vous en supplie laissez moi partir
- Jusqu'à quel point t'aime t'il ? Serait il prêt à payer pour te récupérer ? Lui demanda le pirate
- Oui... Je le crois... répondit la jeune fille d'une voix mal assurée, se demandant pour la première fois si son père l’aimait vraiment assez pour cela.
- Tu n'en es pas certaine » Souligna le pirate en la fixant d‘un œil acéré.
Charity baissa rapidement les yeux, mal à l’aise devant les prunelles sombres de l’homme qui reprit d’un ton presque négligent
« Vois tu Charity, il y a plusieurs utilisations que je pourrais te donner... »
La jeune fille se mordit les lèvres et retint ses larmes tandis qu’il poursuivait sur le même ton
« La première, expliqua-t-il, serait de t’offrir à mes hommes dont la plupart n'ont pas vu de femmes depuis des semaines... »
Un hoquet de terreur échappa à Charity à la pensée des hommes sales et malodorants qui l'avaient arrachée au confort de sa cabine avec des exclamations grivoises
« La seconde, poursuivit l’homme en faisant mine de ne pas avoir remarqué son mouvement d'horreur, serait de te vendre un bon prix à l'une des maquerelles de ma connaissance.... Ta beauté ferait de toi une catin de choix pour n'importe quel bordel »
Charity se mordit les lèvres pour retenir ses larmes et fixa le jeune homme pâle et froid qui lui débitait de telles horreurs d'un ton égal, certaine à présent d'être à jamais perdue. Cependant le capitaine reprit d'un ton songeur
« Bien sûr je pourrais aussi écrire à ton père et voir combien il est prêt à m'offrir pour te récupérer... Si le prix est assez élevé tu pourrais retrouver ta vie d'avant et oublier ce regrettable incident »
Une lueur d'espoir se ranima dans le coeur de Charity et elle se pencha vers lui, implorante.
« Oh je vous en prie... Oui... »
Le pirate sourit gaiement cette fois et la fixa avec intensité, prenant soin de détacher tous ses mots
« Il va de soi que dans ce cas ma générosité à ton égard méritera une récompense. Tu es d'accord avec ça Charity n'est ce pas ? »
Toujours tremblante, la jeune fille le fixa avec incertitude, n'osant comprendre où il voulait en venir
« Je te rendrais à ton père... intacte ou presque. » Lui précisa froidement le capitaine, confirmant ainsi ses pires craintes quand au traitement qu'il lui réservait.
En désespoir de cause, Charity baissa les yeux, des larmes amères roulant sur ses joues.
« Vous êtes méchant... Vous avez tué l'amiral Rawlings, déclara t'elle d'un ton quasi enfantin
- Parce que tu crois qu'il aurait hésité peut être ? Ironisa l'homme
- Vous êtes un pirate... C'est normal... Souffla la jeune fille
- Alors parce que je suis un pirate je ne mérite pas de vivre ? » Ironisa t'il à nouveau.
Charity le regarda en pleurant franchement cette fois
« Je vous en supplie ne me faites pas de mal, supplia t'elle
- Qui parle de te faire du mal ? Rétorqua cyniquement l'homme. Je veux te faire du bien au contraire... Mais pour commencer tu vas t'occuper de ma blessure. Si tu y mets suffisamment de bonne volonté et de "charité" j'écrirais à ton père et réfrènerais les ardeurs de mon équipage »
La jeune fille releva la tête avec une pointe d'espoir... Elle savait soigner, elle l'avait souvent fait pour les domestiques de son père, son chaperon pensant qu'une femme du monde se devait d'être bonne avec ses inférieurs
« Je, je vous soignerais. lui assura t'elle
- Oh je n'en doute pas. Répondit l'homme d'un ton amusé. Pour l'instant assied toi et fais moi la lecture » lui ordonna t'il en lui désignant un livre.
Surprise, Charity obéit et commença à lire à voix haute tandis que le capitaine fermait les yeux, bercé par les inflexions musicales de la jeune fille. Le voyage serait bien assez long jusqu'aux Indes.... Et il avait toujours détesté prendre de force ce qui lui serait bientôt offert de bon coeur ...Ce n'était qu'une question de temps... et il en avait à revendre...
Un peu plus d'une heure se passa ainsi, Charity faisant la lecture d'une voix tendue sans réussir à entrer totalement dans l'histoire jusqu'à ce que le capitaine soupire bruyamment.
« Mes blessures me font mal, occupe t'en, » lui jeta t'il
Charity avala sa salive et songea brièvement à refuser avant de se reprendre, il était hors de question qu'elle gâche une chance de s'en sortir, même infime par un refus.
« Où êtes vous blessé ? » lui demanda t'elle
Pour toute réponse, le jeune homme écarta le drap qui le couvrait, dévoilant un torse glabre en partie recouvert d'un linge rougi de sang. Le visage de Charity prit rapidement la même couleur que ce dernier et la jeune fille se fit violence pour ne pas baisser les yeux devant sa semi nudité. L'homme la regarda avec ironie
« J'espère que la vue du sang ne t'effraie pas, ironisa t'il.
- Non » , répondit Charity du bout des lèvres en se penchant sur lui, se forçant à effectuer les gestes faits cent fois dans la propriété indienne de son père.
Tandis qu'elle le soignait, elle sentit le regard du jeune homme s'appesantir sur elle alors qu'elle nettoyait doucement sa blessure, le geste familier la rassurant un peu. Depuis le lit, le jeune homme soupira et son visage se détendit
« Tes mains sont douces Charity, plus que celles de mon second. Sans compter le fait qu'il est plus agréable d'être soigné par un joli minois »
La jeune fille déglutit, mal à l'aise devant le compliment à double tranchant
« Tu trembles, observa le capitaine. A quoi est ce du ?
- Vous me faites peur, répondit franchement la jeune fille, amenant un sourire amusé sur les lèvres du capitaine.
- Si ça peut te rassurer, je ne compte pas te forcer, lui affirma t'il. Contrairement à beaucoup de mes estimés "collègues" je n'ai aucun plaisir à violer les femmes. Après tout pourquoi prendre de force ce qu'il me suffit d'attendre de me voir offrir ? » ironisa t'il
Cette nouvelle, quoique particulièrement dépourvue de modestie, rassura la jeune fille et elle se détendit légèrement, se surprenant à espérer pouvoir s'en sortir intacte, du moins si le pirate ne mentait pas... Ce dernier sourit moqueusement en la voyant se détendre et reprit
« Tu ne m'as pas donné ton nom Charity, observa t'il. Et j'en ai besoin pour la demande de rançon si je choisis cette solution. »
Charity grimaça, brutalement ramenée à la réalité qu'elle avait oublié un bref instant
« Dortwood, mon père habite non loin de Bombay
- Parfait. Combien serait il prêt à mettre pour te récupérer ?
- Autant qu'il le faudra, dès l'instant où je reste, où vous ne me faites aucun mal » rougit elle, se reprenant, désireuse d'éviter de lui donner des idées.
Le capitaine sourit ironiquement, comprenant sans le moindre mal ce qu'elle s'était retenue de dire et répondit
« Nous verrons cela Charity, cela dépendra de ton obéissance... et de ton désir. Pour l'instant, lis
- Bien capitaine, » répondit la jeune fille, reprenant sa lecture là où elle l'avait arrêtée, tandis que le jeune homme fermait les yeux, un léger sourire aux lèvres.
La lecture dura des heures avant qu'il ne lui désigne un grand pichet d'eau fraîche
« Tu dois avoir soif, prends en
- Merci Monsieur, répondit poliment Charity avec un automatisme né de l'habitude avant de se reprendre en rougissant. Pardon, je voulais dire Capitaine »
Ce dernier leva les yeux au ciel
« Ne sois donc pas si formelle, nous ne sommes pas à la Cour d'Angleterre, se moqua t'il. Puisque tu ne parviens pas à te souvenir que je suis capitaine, appelle moi plutôt Thomas, après tout nous allons devenir très proches tout les deux donc autant se débarrasser maintenant de toutes ces convenances assommantes
- Je, ne préfère pas, capitaine, murmura Charity, désorientée par son comportement.
- Comme tu voudras, répondit le jeune homme d'un ton indifférent, mais tu y viendras de toute manière »
Charity ne se donna pas la peine de lui répondre, intimement convaincue du contraire et s'empressa de reprendre sa lecture, un gobelet d'eau sagement posé à côté d'elle.
Cependant, le capitaine ne l'entendit pas de cette oreille et il l'interrompit brutalement quelques secondes à peine après qu’elle ait commencé
« Alors comme ça, tu vas te marier, répéta t'il d'un ton légèrement moqueur
- Oui Mons, capitaine, se reprit elle en rougissant
- Avec le Duc de Norfolk, se moqua t'il franchement cette fois. Je comprends l'exigence de pureté... »
A ces mots, Charity releva les yeux, surprise par le ton qu'il avait employé et qui laissait sous entendre qu'il connaissait son fiancé.
« Que voulez vous dire ? » se risqua t'elle à demander
Le capitaine sourit avec ironie
« Tu ne connais pas du tout ton fiancé n'est ce pas ?
- Pas vraiment... admit Charity d'une voix chevrotante
- C'est bien ce que je pensais.
- Mais, vous, vous le connaissez ? lui demanda la jeune fille, curieuse d'en savoir plus
- J'ai eu l' insigne honneur de lui être présenté. » répondit le jeune homme.
Les yeux de Charity s'agrandirent de surprise tandis qu'elle percevait un léger accent aristocratique dans la manière de s'exprimer du capitaine mais elle chassa bien vite cette troublante constatation pour poser la question qui la taraudait depuis que son père avait promis sa main
« Comment est il ?
- Je croyais que tu avais vu son portrait… » se moqua l'homme.
Comprenant qu'elle venait de se trahir, Charity rougit violemment tandis que le pirate éclatait de rire devant sa confusion
« Voilà qui est plus franc, commenta t'il. Bien, je suppose que tu te moques de savoir s'il est noble ou courageux.. »
Charity rougit de plus belle, gênée de se voir si bien perçue à jour. Le sourire du pirate s'élargit
« Tu es charmante quand tu rougis ainsi, commenta t'il. Pour en revenir au sujet qui te préoccupe, je dois dire que la dernière fois que j'ai vu le Duc, c'est à dire il y a quelques mois, il se portait bien pour ses quarante sept, non quarante huit ans »
Charity blêmit. Son fiancé avait plus du double de son âge, quelques années de moins que son propre père à vrai dire
« Oh, oh, se moqua Thomas. Apparemment ceux qui t'ont décrit ton futur époux ont omis quelques détails »
La jeune fille ne répondit pas. Elle comprenait maintenant pourquoi tant son père que l’Amiral Rawlings avaient évité de répondre à ses interrogations sur son futur mari. Il y avait de quoi. Après tout quelle jeune fille de dix sept ans aurait accepté de bon cœur d’épouser un homme aussi âgé ? A moins qu’il ne mente… Oui bien sûr c’était un pirate… Il devait donc forcement mentir … ou alors ?
« Change nous les idées, Charity, lis. J’aime bien ta voix. Elle est apaisante quand elle ne tremble pas » Déclara soudain le jeune homme
La jeune fille ne répondit pas et reprit sa lecture sans pouvoir tout à fait s’affranchir du doute…. Et si le pirate avait dit la vérité et que son promis était un vieillard ?
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