Chapitre 24 Refus & Jalousie

 Chapitre 24

Elizabeth avait du mal à reprendre son souffle, encore étourdie par le plaisir qu’elle venait de goûter. Les mots de Feng la surprirent, lui rappelant qui elle était , doucement elle se dégagea de son étreinte

« Je suis désolée je ne le peux pas.. Je, mon père… Will.. Jack… je dois retourner près d’eux »

Elle se détourna de lui, s’enveloppant dans la couverture

«  Ce n’est pas ta faute… C’est juste que .. L’espace d’un instant j’ai oublié qu’il y avait un monde à l’extérieur, des engagements et des promesses »

Elle continua tristement toujours sans le regarder

« Pardonne moi Sao »

 

A peine avait elle entamé sa réponse que Sao Feng s’était détourné d’elle. Assis sur un des bords du lit, le cruel pirate lui tournait le dos. Parfaitement immobile, l’homme au corps marqué par les combats resta silencieux un long moment, durant des secondes qui semblèrent durer une éternité pour Elizabeth.


Intérieurement, le feu bouillait dans les veines du pirate. Le terrible Sao Feng venait de s’abaisser à offrir l’insigne honneur à une femme de l’ouest de devenir sa femme, son..égale. Et cette…
…Et cette catin précieuse qui voulait jouer aux pirates venait de se refuser à lui !
Sao se sentait humilié, déshonoré et trahi, trahi moins par l’inconstance d’une jeune femme que par l’élan stupide qu’il sentait toujours battre dans sa poitrine…


Comme chaque fois, les fois où Sao Feng se trouvait déstabilisé par une situation où il ne maîtrisait pas tout, le capitaine de l’Empress réagit de la façon qui lui était la plus naturelle : la cruauté.
Elizabeth allait souffrir, mais….étrangement cette certitude ne lui apporta aucun réconfort. Il pouvait sur un ordre la donner en pâture aux membres de son équipage : ne l’avait elle pas mérité ? Mais…Le pirate se surprit à détester cette idée.

Non, désormais il voulait être le seul à la posséder, le seul à jouir de la passion captivante dont était capable cette beauté…Par tous les démons des mers, il voulait toujours d’elle pour femme, et il fallait qu’il en soit ainsi !


Feng se leva lentement, sans un mot, sans un geste pour son amante. Il s’éloigna dans une complète nudité de la literie, se dirigeant dans un silence glacial vers la salle des bains.
Disparu à la vue de la fille de gouverneur, Sao ressentit encore cette douleur dans son torse : comme celle laissée par un poignard qui lui tenaillait les chairs . Feng s’appuya contre le rebord de la cuve d’eau à présent froide, voûté, son regard était anormalement perdu….
Soudain, dans les ombres, il avisa qu’il n’était pas seul.
Ses servantes fidèles étaient là. Prêtes à répondre à ses moindres désirs. Bien qu’elles avaient rapidement baissé les yeux pour éviter de croiser celui de leur maître, Sao savaient qu’elles avaient perçu son trouble. Avoir montré ce signe de faiblesse était intolérable.
Cependant…Un nouveau regard vers les trois servantes silencieuses lui appris qu’elles étaient aussi troublées que lui. Jamais elles n’avaient vu leur seigneur aussi mélancolique, aussi fragile…Aussi humain.


C’est « cette fille »qui en était responsable.

Sao put lire la colère froide, si incisive, dont seule était capable la gent féminine transparaitre sur les visages des servantes.


Un mince sourire éclaira discrètement son visage : Le seigneur de l’Empress lança, alors que ses femmes s’appliquaient à présent à l’habiller :
« Miss Swann se repose. Je viens…Je viens de la demander en mariage »
La température sembla se rafraichir encore, alors que les mains des servantes s’immobilisaient.


Elle allait prendre leur place dans le cœur de leur maître !


« Elle a…Clairement décliné mon offre »…Ajouta t’il , sa voix soudain plus amère.


Comment avait elle osé !


« Bien. Finissez à présent, je désire me rendre sur le pont. »


Les servantes échangèrent un regard alors qu’elles terminaient d’apprêter le seigneur de l’Empress. Après que Sao Feng ait grimpé les marches le conduisant vers son équipage, les trois femmes commencèrent à chuchoter…

Dans la literie défaite, Elizabeth s’était redressée au départ de Sao Feng. Elle le suivit longuement des yeux, ne sachant quelle attitude adopter. Sa demande l’avait troublée et si elle l’avait refusée c’était par respect pour celui qui était encore son fiancé tout du moins de nom. Certes la nuit qui venait de s’écouler lui permettait de savoir qu’elle n’épouserait pas le gentil forgeron mais elle avait des scrupules à se décider à une nouvelle union sans rompre l’engagement qui la liait au jeune homme. Du reste aussi séduisante que soit la proposition de Sao Feng, Elizabeth ne pouvait pas croire en son sérieux, elle le connaissait à peine et il avait su lui montrer que la cruauté faisait partie de son mode de vie , comment ne pas penser que cela pouvait être un nouveau jeu ? Certes il avait respecté ses désirs et lui avait fait découvrir un monde de plaisirs presque douloureux mais cela ne justifiait pas des épousailles La jeune femme n’était pas sure d’être prête à renoncer à tout ce qui faisait son existence jusqu’à présent… Etre avec le pirate asiatique signifiait dire adieu à tout ce que son père lui avait transmis comme valeur. Epouser un homme comme Feng lui ferait adopter une vie de pirate et des usages qu’elle n’était pas sure d’accepter pour siens. Et puis cette demande en mariage n’était elle pas une nouvelle ruse pour faire d’elle son esclave ?

Elizabeth suivit d’un œil distrait les femmes qui entraient dans la chambre, songeant à la réaction de son amant d’une nuit… Peut être aurait elle du le retenir, lui expliquer les raisons de son refus. Mais tout était allé si vite qu’il était peut être plus sage de réfléchir à la situation avant d’agir impulsivement… Elle resserra frileusement les draps autour de son corps nu, regrettant la chaleur de la présence de Sao à son côté tandis que son visage s’empourprait au souvenir de l’ardeur de leur étreinte et qu’un sourire lascif étirait ses lèvres sans qu’elle en ait conscience

Autour d’elles les trois servantes n’osaient la regarder en face, ne voulant pas qu’elle puisse lire la haine et la peur qu’elle leur inspirait. La plus âgée d’entre elles, qui était également la favorite de Feng parce que rompue aux usages et aux gouts particuliers de son maitre finit par s’approcher d’elle. D’un geste elle l’invita à se lever. Elizabeth leva un œil interrogateur vers elle. La servante n’avait que quelques années de plus qu’elle et sa mise soignée la fit se sentir brutalement comme une catin mal dégrossie des bas fonds de Tortuga. Un coup d’œil aux deux autres servantes qui l’observaient à la dérobée accentua son malaise et elle resserra le drap autour d’elle pour échapper aux regards vaguement méprisants des trois femmes au maquillage et à la coiffure impeccables. La première prit la parole d’une voix à la douceur factice

« Levez vous. Le maitre n’a plus besoin de vous pour cette nuit »

Elizabeth rougit violement sous l’humiliation. Ainsi donc c’était tout ce qu’elle était ? Un jouet que Feng repoussait et prenait au gré de ses envies ? Elle reprit sèchement

« Vous faites erreur … Sao ne m’a pas signifié mon congé et je crois avoir compris qu’il n’était pas dans ses projets de me voir déserter sa couche »

Au lieu des démonstrations de servilité auxquelles elle s’attendait, les femmes échangèrent un regard , poussant l’affront jusqu’à rire de sa candeur avant que la première ne reprenne avec assurance

« Allons, vous n’êtes somme toute qu’un divertissement comme nous toutes ici… notre maitre aime les femmes soignées, non les catins occidentales qui se parent de vertus inexistantes. Maintenant levez vous nous allons vous montrer vos nouveaux quartiers »

Tentant de garder un reste de dignité Elizabeth se leva, repliant le drap de soie autour d’elle. Sur un geste de celle qui semblait occuper la plus grande place dans la hiérarchie domestique les deux autres lui arrachèrent le drap, la forçant à sortir nue de la pièce richement décorée. Avec un sourire grinçant la servante ouvrit une porte et fit signe à Elizabeth d’entrer dans la pénombre

« Voici vos nouveaux quartiers… tachez de trouver de quoi vous couvrir » Lui lança t’elle avant de refermer la porte sur elle.

Elizabeth, révoltée sentit la morsure du froid et s’approcha de la paillasse nauséabonde, n’ayant d’autre choix que de se couvrir de la couverture crasseuse pour se réchauffer avec au cœur le regret amer d’avoir fait confiance à un pirate, jurant de s’expliquer avec l’homme qui la traitait si mal après l’avoir si cruellement abusée. Elizabeth ferma résolument les yeux et se mit en devoir de dormir, ne voulant pas ajouter l’humiliation des larmes à celle d’être traitée comme une catin. Feng s’attendait à des suppliques ou des plaintes devant le traitement qui était le sien ? Elle ne s’abaisserait pas à cela, elle le nui accordait plus de pouvoir sur elle songea t’elle en s’endormant finalement tandis que malgré tout une larme de regret amer roulait sur sa joue

Derrière la porte obscure, les trois servantes échangèrent un regard complice, sûres à présent que l’occidentale stupide qui avait osé dédaigner leur maitre ne serait bientôt plus qu’un jouet auquel elles feraient payer au centuple le fait d’avoir troublé leur seigneur et maitre

Le vent matinal fouettait le visage de Sao Feng. Une bruine glacée saluait le levé du jour, et baignait son visage balafré d’une caresse glacée.
Le temps était à l’orage…déduisit Feng en avisant l’horizon.
Peu avant l’aube, des vents contraires avaient commencés à retarder l’avancée de l’Empress, gonflant malicieusement ses voiles. Etait-ce un signe du destin ? Les divinités marines accordaient-elles un peu plus de temps au seigneur pirate avant son arrivée sur l’île de Ti-juabaï pour qu’il puisse convaincre sa conquête et qu’elle consente à un mariage ?

Elizabeth…Ce prénom à la sonorité exotique ne cessait d’hanter ses esprits…Sao imaginait la jeune fille alanguie sur son lit, goûtant à un repos mérité…Ou peut être était elle tout comme lui, tourmentée, repensant à cette nuit partagée avec un pirate, espérant secrètement le retour de son amant ?
Ses marins s’activaient sur le pont, Sao se détourna soudain pour traverser le pont à grands pas. Il avait eu tort de se montrer aussi froid avec elle. La nuit avait été éprouvante pour cette jeune femme …Et la belle avait montré un tel courage, une telle fierté ! Elle serait décidément digne de Sao Feng…Sans doute lui faudrait il juste un peu plus de temps…et la démonstration d’une tendresse à laquelle Feng n’était pas coutumier.
Alors qu’il descendait les escaliers du pont pour la rejoindre, Sao fut stoppé par une de ses servantes. Laquelle s’agenouilla aussitôt, bredouillant quelque chose d’incompréhensif, se répondant en excuse la seconde suivante.
« Il suffit ! Que se passe t’il ? Réponds ! »


« -Seigneur…La …Votre « invitée » ne se trouve plus dans vos appartements… »


« -Elle est déjà levée ? Quelle vitalité » ajouta Sao, rêveur.


« Non, maître. Elle se repose. A votre départ, elle nous a simplement ordonné de la conduire dans un lieu où elle pourrait dormir…seule. Oh maître, pardonnez lui ses paroles insolentes, je n’ose les répéter…cette femme est folle, folle de vous repousser… »

Feng était devenu livide.
« Parles, qu’a-t-elle dit exactement… ? »


« - Cette…. ingrate, osa la servante, à dit qu’elle ne désirait pas un instant de plus partager la couche d’un…Ne m’obligez pas à le répéter…Elle a dit que son vœux le plus cher était de ne plus avoir à supporter votre présence, votre vue, jusqu’à la fin de ce « détestable » séjour sur l’Empress…Elle a rejeté jusqu’aux robes que nous lui avons tendues… »


Un instant silencieux, Sao était redevenu l’implacable maître de l’Empress…Comment avait il pu être aussi stupide…Aussi naïf, lui, la terreur des océans d’Asie !
« -Où est…Cette …Chienne ?"
« -Elle dort dans une cellule, l’étrangère à préféré la paille à la générosité de votre lit, ôh maître… »
La servante s’agenouilla servilement, le visage enfoui entre ses épaules, comme si elle redoutait de prendre des coups. Pourtant, Sao lança simplement avec un calme inhumain :

« -Puisqu’elle préfère l’hospitalité réservée aux prises de guerre à ma compagnie, je respecte son choix…Mais assurez vous que cette …catin goûte à tous les charmes de son inconfort.. »
Puis, après avoir lancé un juron qui comportait dans la même phrase le nom d’une déesse marine et celui de deux démons, Sao Feng tourna les talons pour gagner le pont….
A l’étage, les vents et la pluie semblaient redoubler leur assaut contre l’Empress
.
Plus bas, la servante , redressée, souriait malicieusement, à présent.

 

Elizabeth, au fond de la geôle dans laquelle on l’avait conduite avait finalement succombé à l’épuisement et dormait d’un sommeil lourd et profond, son corps tremblant de froid tandis qu’elle resserrait la couverture sur elle, regrettant la chaleur des bras de son amant

A la porte, les servantes échangèrent un regard complice…Leur maitre avait eu la réaction qu’elles prévoyaient, leur donnant la main mise sur l’ensorceleuse.. et leur permettant de se venger de cette garce en tout impunité.. Elles étaient bien sures que leur maitre ne mettrait pas leur parole en doute, croyant sans doute que la terreur qu’il leur inspirait serait suffisamment forte pour les empêcher d’agir. La première, celle qui avait parlé à Sao Feng entra dans la pièce sans frapper, laissant le froid et la lumière pénétrer la pièce. Sans laisser à la jeune femme le temps de se réveiller, elle lui arracha brutalement le sac de jute qui la recouvrait

Elizabeth, grelottante, cligna des yeux, éblouie par la brutale lueur et regarda autour d’elle l’air éberluée. Les servantes échangèrent un regard malveillant, leurs yeux se posant sur le corps nu et pale de l’usurpatrice avant de se rejoindre avec la même idée en tête… Faire en sorte que leur maitre ne désire plus cette chienne étrangère. La favorite de Feng saisit la jeune femme par le bras, la forçant à se lever, exposant son corps nu à leurs regards

Elizabeth, le fixa l’air perdu, complètement désorientée devant les visages impassibles des servantes

« Que .. que voulez vous »

L’esclave lui lança un regard de pur mépris avant lui asséner une gifle magistrale

« Silence ! Tu n’es pas là pour poser des questions mais pour obéir ! Notre maitre a été très déçu par toi … comme ce fut le cas pour toutes les catins occidentales qui t’ont précédées. Aussi à présent .. nous t’allons t’assigner tes nouvelles taches »

Elizabeth croisa les bras sur sa poitrine, cherchant à se protéger du regard inquisiteur de ces femmes si parfaitement apprêtées alors qu’elle était nue au milieu d’une chambre puante

« Et qu’est ce qui me vaut un tel traitement ? Est-ce parce que j’ai refusé sa demande que Sao Feng se conduit ainsi ? Je veux lui parler !! »

Une nouvelle gifle sèche vint saluer sa tirade, tandis que la servante reprenait les yeux brillants de haine

« Pour qui te prends tu donc ? Crois tu que notre maitre s’abaisserait à épouser une catin dans ton genre, prête à écarter les cuisses à la moindre caresse ? »

Elizabeth ouvrait la bouche pour répondre lorsqu’une des femmes la saisit par la chevelure, tirant fermement et lui arrachant un cri de douleur. Elizabeth leva les bras pour se dégager et un glapissement lui échappa en sentant les mains d’une servante se poser sur sa poitrine nue. La favorite, n’avait pas bougé.. . elle gratifia Elizabeth d’un regard haineux et reprit

« Ton corps est maigre et ta poitrine est petite. Le dragon des mers aime les vraies femmes, pas les enfants. Nous allons donc t’assigner à une tache où tu sauras te rendre utile puisque tu ne peux satisfaire les appétits du maitre »

Une fois de plus Elizabeth ouvrit la bouche pour répondre mais au lieu de la tirade enflammée et révoltée qu’elle avait projetée, ce fut un gémissement de douleur qui franchit ses lèvres tandis que le femme qui la maintenait tordait violemment la pointe de ses seins dans un évident désir de la faire souffrir. La favorite l’arrêta d’un geste et Elizabeth faillit en pleurer de soulagement ; son corps encore sensible du traitement sensuel de la nuit qui venait de s’écouler. Elle lui désigna une fine chemise maculée de traces marron ressemblant à s’y méprendre à du sang séché

« Mets ça »

Sentant qu’elle ne pouvait attendre la moindre aide de la part de ces femmes, Elizabeth choisit l’attitude la plus prudente et s’habilla sans un mot, fermant les yeux de dégout en sentant l’étoffe rêche et sale sur sa peau. Les femmes échangèrent un nouveau regard complice et leur chef reprit la parole

« Tu vas récurer la cale, celle où l’on met les prisonniers » Ricana t’elle en la forçant à sortir de la pièce pour la mener devant les cellules pleines de paille souillée dont certaines d’entre elles étaient occupées par des hommes qui exhalaient déjà la puanteur de la mort prochaine Sans hésiter elle lui désigna un seau d’eau

« Commence petite esclave » Ricana t’elle avant de s’éloigner sans un regard.

Ravalant sa fierté, Elizabeth commença à frotter, sous les regards moqueurs des prisonniers encore en état de se lever qui se pressèrent aux barreaux de leur geôle

Rouge de honte, Elizabeth s’efforça d’ignorer les sarcasmes des hommes, continuant sa tache ne voulant pas s’humilier plus en quémandant une grâce auprès de l’homme qui semblait prendre un profond plaisir à la déstabiliser. Elle soupira profondément, se refusant la consolation amère des larmes pour la déception causée par Feng …Elle lui avait offert son bien le plus précieux, et regrettait à présent de s’être laissé séduire par le cruel pirate

Non loin d’elle, les servantes étouffèrent des rires cruels en voyant la jeune femme frottait.. quelques jours à ce régime et bientôt sa beauté délicate d’occidentale soignée disparaitrait.. ; la douceur de ses mains que leur maitre semblait tant apprécié disparaitrait sous l’action des travaux manuels… Elles échangèrent un sourire … oui bientôt cette petite catin serait loin des pensées de leur maitre… elles y veilleraient

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